Amours secrètes de Napoléon

Présentation des " Amours secrètes de Napoléon et des Princes et Princesses de sa famille ".
Un pamphlet en deux petits volumes, qui fit scandale à son époque, retrouvé dans un lot de " vieux bouquins " et au sujet duquel je me suis lancé dans des recherches " tous azimuts ", à l'aide de 'copilot' pour fouiner sur Internet et essayer d'en apprendre davantage sur ces petits mystères de l'empereur ... quelques petites erreurs, notamment en précisions de dates, peuvent donc s'y être 'incrustées' ...Les deux volumes intitulés " Amours secrètes de Napoléon et des Princes et Princesses de sa famille ", publiés à Paris en 1844-1846 ( plus précisément en 1844 pour l'exemplaire présenté ici ) par l’éditeur B. Renault et attribués à un mystérieux « M. de B... », constituent un témoignage singulier de la littérature napoléonienne de la première moitié du XIXe siècle.
À la croisée de l’anecdote, du roman à clef et du pamphlet, ces ouvrages se proposent de dévoiler les dessous sentimentaux et galants de Napoléon Bonaparte et de sa famille, s’inscrivant dans une tradition éditoriale foisonnante, marquée par la fascination du public pour la vie privée des grands personnages.
Rapport de recherche : « Amours secrètes de Napoléon et des Princes et Princesses de sa famille » (B. Renault, Paris, 1844/1846, attribué à M. de B...)
Ce rapport de recherche vise à offrir une analyse exhaustive de ces volumes, en abordant leur contexte historique, leur contenu, l’identité de leur auteur présumé, leur réception, leur postérité éditoriale et leur valeur bibliophilique actuelle.Il s’appuie sur des sources primaires (textes numérisés, catalogues de bibliothèques), des études bibliographiques et des analyses critiques récentes et certifiées.
Contexte historique et éditorial
La France des années 1840 : entre nostalgie impériale et marché des mémoiresLa publication des « Amours secrètes de Napoléon et des Princes et Princesses de sa famille » intervient dans un contexte de *renaissance du mythe napoléonien*.
Après la chute de l’Empire et la Restauration, la Monarchie de Juillet (1830-1848) voit s’exacerber la nostalgie de l’épopée impériale, alimentée par le retour des cendres de Napoléon en 1840 et la multiplication des publications sur sa vie et son entourage. Le public, avide de révélations, se passionne pour les mémoires, les anecdotes et les récits plus ou moins romancés qui promettent de lever le voile sur l’intimité de l’Empereur et de ses proches.
L’édition de ce type d’ouvrages s’inscrit dans un *marché du livre en pleine expansion*, où la censure, bien que toujours présente, s’est assouplie par rapport à l’époque impériale.
Les cabinets de lecture, la presse et les librairies diffusent largement des textes qui, sous couvert d’histoire ou de témoignage, flirtent souvent avec la fiction, la satire ou la littérature licencieuse.
Les « Amours secrètes » s’inscrivent ainsi dans une tradition qui remonte aux pamphlets révolutionnaires et aux « mémoires apocryphes », tout en répondant à une demande accrue pour les récits de mœurs et les révélations scandaleuses.
L’éditeur B. Renault et l’imprimeur Cosson
Les volumes sont publiés à Paris par *B. Renault*, un éditeur actif dans les années 1840-1850, spécialisé dans la réédition d’ouvrages historiques, de romans populaires et de recueils anecdotiques.L’imprimeur Cosson, installé rue du Four-Saint-Germain, est également mentionné sur la page de titre, ce qui était courant à l’époque pour garantir la traçabilité des publications.
B. Renault n’est pas un inconnu dans le monde de l’édition : il a publié de nombreux ouvrages historiques, des recueils de chansons, des récits de voyage et des biographies, souvent en collaboration avec la Bibliothèque nationale de France pour la réimpression d’œuvres patrimoniales.
Cette orientation éditoriale explique en partie le choix de publier un ouvrage à la fois historique et sensationnaliste, susceptible d’attirer un large public.
Auteur présumé : M. de B... et l’attribution à Charles Doris (de Bourges)
Le mystère de « M. de B... »Les volumes sont attribués à un certain *« M. de B... »*, dont l’identité réelle a longtemps fait l’objet de spéculations.
Cette pratique de l’anonymat ou du pseudonyme, fréquente dans la littérature de l’époque, visait à protéger l’auteur contre d’éventuelles poursuites judiciaires ou à entretenir le mystère autour de révélations jugées sulfureuses.
L’attribution à Charles Doris (de Bourges)
Les recherches bibliographiques et les notices de la Bibliothèque nationale de France convergent vers l’attribution de l’ouvrage à *Charles Doris, dit de Bourges* (actif entre 1815 et 1846).
Doris est un auteur prolifique, connu pour ses « Mémoires secrets », ses « Précis historiques » et ses nombreux écrits sur Napoléon et son entourage.
Il a publié sous divers pseudonymes, dont « le baron de B** », et s’est spécialisé dans les récits anecdotiques, les biographies romancées et les pamphlets.
- Plusieurs éléments étayent cette attribution :
-- *Style et thématique* : Les « Amours secrètes » reprennent les procédés narratifs, le ton et les thèmes chers à Doris, notamment la mise en scène de l’intimité des puissants, le mélange de faits avérés et d’anecdotes invérifiables, et une certaine propension à la satire.
-- *Mentions bibliographiques* : Les catalogues de la BnF, de la bibliothèque de l’Université Libre de Bruxelles et d’autres institutions attribuent explicitement l’ouvrage à Charles Doris, parfois en précisant qu’il s’agit d’une adaptation ou d’une réécriture de ses œuvres antérieures.
-- *Rééditions et traductions* : Des éditions espagnoles et allemandes du texte mentionnent également Doris comme auteur, sous la forme « Charles Doris de Bourges » ou « Ch. Doris ».
Légendes et rumeurs autour de l’auteur de " Amours secrètes de Napoléon et des Princes et Princesses de sa famille "
La légende veut que Doris ait été *valet de chambre de Napoléon*, ce qui lui aurait permis d’accéder à des confidences et à des documents inédits.Cette affirmation, relayée par certains catalogues de vente et par des commentateurs contemporains, est toutefois sujette à caution.
Il est plus probable que Doris ait construit sa réputation sur cette proximité supposée, sans qu’aucune preuve formelle ne vienne l’étayer.
Il est également rapporté que Napoléon, à Sainte-Hélène, aurait demandé à lire l’ouvrage et s’en serait amusé, n’y reconnaissant « rien de réel » (cf. O’Meara, « Napoléon en exil à Sainte-Hélène », I, p. 48, janvier 1817). Cette anecdote, souvent citée, participe de la construction d’un mythe autour de l’auteur et de son livre, tout en soulignant le caractère apocryphe et romancé du récit.
Contenu détaillé des volumes
Structure générale et table des matièresLes « Amours secrètes de Napoléon et des Princes et Princesses de sa famille » se présentent sous la forme de *deux volumes in-12*, totalisant environ 145 pages dans l’édition de 1846.
Chaque volume est divisé en chapitres, précédés d’une table des matières détaillée. Le texte est accompagné de quelques gravures en frontispice dans certaines éditions, mais la plupart des exemplaires sont dépourvus d’illustrations.
-- Table des matières (extraits)- *Premier volume* :
- L’amoureux de neuf ans
- La belle Eugénie
- Vives ardeurs
- Une séparation
- Une courtisane
- L’aérostat
- Napoléon officier
- Départ pour Valence
- Nouvelles conquêtes
- La femme adultère
- Empoisonnement
- Charlotte
- Amours de Lucien
- Louis et Justine
- Charlotte à Toulon
- Séparation
- La vie d’artiste
- Portrait de Joséphine
- Mariage de Napoléon
- Napoléon amant et mari
- Correspondance
- Joseph et Lucien en Italie
- La dame de compagnie
- L’amour et les mathématiques
- Lucien rival de Napoléon
- Napoléon rival d’un virtuose
- Double union
- Les amours du camp de Boulogne
- Lettre de Napoléon
- La jolie lectrice
- Les maris trompés
- Une Danaé
- La fiancée
- Lucien et Jérôme
- Une aventure de Pauline
- *Second volume* :
- Suite d’une aventure de Pauline
- Pauline remariée
- L’amant et le dentiste
- Joseph roi de Naples
- Mariage du prince Eugène
- Stéphanie de Beauharnais
- Louis roi de Hollande
- L’observateur
- La belle Suzanne
- Napoléon à Berlin et à Varsovie
- Jérôme et Pigault-Lebrun
- Elisa à Florence
- Mademoiselle Bourgoin à Erfurth
- Napoléon et les bals masqués
- La reine de Naples
- Dévouement d’une dame d’honneur
- Napoléon et mademoiselle Georges
- Retour de Vienne
- Divorce et mariage
- Arrivée de Marie-Louise
- Napoléon amoureux de sa femme
- Une beauté de Bourg-la-Reine
- Napoléon à Dresde
- Napoléon à Fontainebleau
- Joséphine, sa mort, anecdotes
- Napoléon à l’île d’Elbe
- Anecdotes détachées
- Notes historiques sur Napoléon
Analyse du contenu
-- Mélange d’anecdotes, de fiction et de chronique historique
Le texte se présente comme un *récit vivant*, alternant souvenirs, anecdotes, portraits psychologiques et scènes dialoguées.
Il s’agit d’un *mélange de faits historiques avérés, d’anecdotes invérifiables et de récits manifestement romancés*, dans la tradition des « mémoires apocryphes » du XIXe siècle.
Les chapitres consacrés à Napoléon s’attachent à retracer ses *premières amours* (notamment avec sa cousine Léonora et la jeune Eugénie), ses conquêtes féminines à l’école militaire de Brienne, à Valence, puis tout au long de sa carrière militaire et politique.
Les relations avec Joséphine, Marie-Louise, Marie Walewska, Pauline Borghèse, Caroline Murat et d’autres figures féminines de la famille impériale sont abondamment détaillées, souvent avec une insistance sur les aspects galants, les intrigues de cour et les rivalités sentimentales.
-- Extraits caractéristiques
Voici quelques extraits représentatifs du style et du contenu de l’ouvrage :
1 « À cette époque, une aventure de Pauline fit grand bruit. Dans une fête publique dans le jardin du Luxembourg, on devait tirer un feu d’artifice. Une dame mise avec goût, mais modestement, le visage couvert d’un chapeau fort avancé, auquel était fixé un voile dont les plis pressés laissaient à peine soupçonner sa figure, descend de cabriolet à la grille de la rue d’Enfer. Confondue dans la foule, elle n’était qu’à quelques pas d’un jeune homme qui avait remarqué sa charmante tournure et le peu d’attraits qu’elle voulait laisser deviner : une manœuvre adroite le plaça bientôt à côté d’elle. […] »
2 « Le lendemain, le jeune homme reçut par la petite poste un billet tout parfumé, dans lequel on lui donnait rendez-vous, pour le jour suivant, à 7 heures du soir, au Luxembourg, près du grand bassin. Il n’eut garde d’y manquer : la dame arriva sur le coup de sept heures et chercha des yeux l’inconnu. L’ayant aperçu, elle vint à lui et prit son bras ; ils se promenèrent longtemps ensemble, et ils virent qu’ils se convenaient parfaitement. […] »
3 « Deux ans après, assistant au spectacle de la cour, une femme couverte de diamants attire ses regards, il peut à peine en croire ses yeux, sa ressemblance avec Amélie est si frappante qu’il en est tout hors de lui. Mais Amélie en loge à la cour, dans un pareil costume ! c’est impossible ! Il s’adressa à un de ses voisins en habit rouge, brodé d’argent, chamarré de trois ou quatre décorations. “Monsieur, lui dit-il, oserais-je vous prier de me dire quelle est la dame coiffée d’une toque à plumes noires qui se trouve si près de la loge de l’empereur ? — C’est une de ses sœurs. — Comment ? — Eh oui ! monsieur, c’est la princesse Pauline, la princesse Borghèse, si vous l’aimez mieux.” »
-- Les thèmes récurrents
- *L’amour et la séduction* : Le récit multiplie les histoires de passions, d’infidélités, de rendez-vous secrets, de rivalités amoureuses et de liaisons scandaleuses, tant chez Napoléon que chez ses frères et sœurs.
- *La satire sociale et politique* : Sous couvert d’anecdotes galantes, l’auteur égratigne les mœurs de la cour impériale, la frivolité des princesses, la vénalité des courtisans et la duplicité des relations familiales.
- *La psychologie des personnages* : Les portraits de Napoléon, Joséphine, Pauline, Caroline, Louis, Jérôme, Eugène, Hortense, etc., insistent sur leurs faiblesses, leurs passions, leurs ambitions et leurs contradictions.
- *Le mélange de réalité et de fiction* : De nombreux épisodes relèvent manifestement de l’invention littéraire, même si l’auteur prétend s’appuyer sur des « documents historiques » ou des confidences de première main.
-- Les « notes historiques »
Le second volume se termine par une *longue section de « notes historiques sur Napoléon »*, qui reprend de manière plus classique les grandes étapes de la carrière de l’Empereur, depuis sa naissance jusqu’à sa mort à Sainte-Hélène. Cette partie, plus factuelle, vise à donner une caution historique à l’ensemble, mais elle reprend en réalité des éléments largement diffusés dans la littérature de l’époque.
Réception critique à l’époque
Un succès de curiosité, mais une réception mitigéeÀ sa parution, l’ouvrage suscite *curiosité et méfiance*. Le public, friand de révélations sur la vie privée de Napoléon, accueille favorablement ce type de littérature, qui se vend bien dans les cabinets de lecture et les librairies populaires.
Cependant, la critique littéraire et les historiens professionnels manifestent rapidement leur scepticisme quant à la véracité des faits rapportés et à la valeur documentaire du texte.
Censure et condamnation judiciaire
L’ouvrage n’échappe pas à la vigilance des autorités.
Il est *condamné par jugement du tribunal de la Seine le 3 avril 1823 à la destruction*, en raison de son caractère jugé licencieux et attentatoire à la morale publique.
Charles Doris, poursuivi comme auteur présumé, est toutefois acquitté, faute de preuves suffisantes.
Cette condamnation contribue à renforcer la réputation sulfureuse du livre et à en faire un objet de convoitise pour les amateurs de littérature clandestine.
Témoignages contemporains
Des témoignages rapportent que Napoléon lui-même, à Sainte-Hélène, aurait demandé communication d'un ouvrage du cet auteur (mais lequel ?) et s’en serait amusé, n’y reconnaissant « rien de réel » (cf. O’Meara, « Napoléon en exil à Sainte-Hélène », I, p. 48, janvier 1817).
Cette anecdote, qu’il faut sans doute prendre avec précaution, illustre la distance prise par les contemporains vis-à-vis de ce type de récits, perçus davantage comme des divertissements que comme des sources fiables.
Place dans la littérature de l’époque
Les « Amours secrètes de Napoléon et des Princes et Princesses de sa famille » s’inscrivent dans une *littérature de l’anecdote et du scandale*, qui connaît un grand succès sous la Restauration et la Monarchie de Juillet. Ils côtoient d’autres titres du même genre, tels que les « Mémoires secrets », les « Amours secrètes de Napoléon Bonaparte » (1815-1822), les « Amours secrètes des quatre frères de Napoléon » (1816), ou encore les « Premières amours secrètes de Napoléon Bonaparte » (1849).
Rééditions, traductions et postérité
Rééditions françaisesL’ouvrage connaît *plusieurs rééditions* au cours du XIXe siècle, sous des titres parfois légèrement différents (« Amours secrètes de Napoléon Bonaparte », « Amours secrètes des quatre frères de Napoléon », etc.), et chez divers éditeurs (Germain Mathiot, Les Marchands de nouveautés, B. Renault). Certaines éditions sont augmentées de notes ou de gravures, d’autres sont abrégées ou réorganisées.
Traductions étrangères
Le succès du livre dépasse les frontières françaises. On recense des *traductions en espagnol* (« Historia de los amores secretos de Napoleón Bonaparte », Almería, 1837) et en *allemand* (« Geheime Nachrichten über Napoleon Bonaparte », 1815), qui attribuent également l’ouvrage à Charles Doris. Ces traductions témoignent de l’intérêt européen pour la figure de Napoléon et pour les récits de mœurs liés à son entourage.
Mentions dans les bibliographies et études ultérieures
Les « Amours secrètes » figurent dans de nombreuses *bibliographies napoléoniennes* et dans les catalogues de livres condamnés ou saisis par la censure (cf. Drujon, « Livres condamnés », p. 26 ; Quérard, II, col. 581). Ils sont également mentionnés dans les études sur la littérature clandestine, la censure et le marché du livre au XIXe siècle.
Rééditions modernes
Des rééditions à la demande ont été proposées au XXIe siècle, notamment par *Hachette BNF*, qui a intégré l’ouvrage dans sa collection « Histoire », en collaboration avec la Bibliothèque nationale de France. Ces rééditions visent à préserver le patrimoine littéraire et à permettre l’accès à des textes rares ou indisponibles, tout en précisant que leur contenu reflète les mentalités de l’époque et ne saurait être cautionné aujourd’hui.
Valeur bibliophilique et rareté actuelle
Présence dans les bibliothèques publiquesLes exemplaires originaux des « Amours secrètes de Napoléon et des Princes et Princesses de sa famille » sont *conservés dans plusieurs grandes bibliothèques*, notamment à la Bibliothèque nationale de France (BnF, département Philosophie, histoire, sciences de l’homme, cote 8-LB48-2095 (D)), à la bibliothèque de l’Université Libre de Bruxelles, à la Biblioteca do Museo de Pontevedra (Espagne), et dans d’autres institutions patrimoniales.
Disponibilité sur le marché du livre ancien
L’ouvrage apparaît régulièrement dans les *ventes aux enchères et les catalogues de libraires spécialisés*.
Les estimations varient généralement entre 100 et 150 euros pour un exemplaire en bon état ou état moyen, mais peuvent atteindre des sommes plus élevées pour des éditions rares, des exemplaires illustrés, des premières éditions ( qui auraient dues être détruites … ) ou des volumes en parfait état de conservation.
Critères de rareté et d’intérêt bibliophilique
La *rareté* de l’ouvrage tient à plusieurs facteurs :
- *Condamnation et destruction* : La condamnation judiciaire et la destruction de nombreux exemplaires ont contribué à raréfier le livre sur le marché.
- *Succès populaire* : Le succès initial a entraîné de nombreux tirages, mais la fragilité des éditions brochées et la diffusion dans les cabinets de lecture ont limité la conservation des exemplaires en bon état.
- *Intérêt historique et littéraire* : L’ouvrage attire les collectionneurs de napoléoniana, les amateurs de littérature clandestine et les chercheurs intéressés par l’histoire de la censure et des mœurs au XIXe siècle.
Rééditions et accès numérique
Grâce à la numérisation, le texte est *librement accessible en ligne*, notamment sur Gallica (BnF), ce qui facilite la consultation par les chercheurs et le grand public. Les rééditions modernes à la demande (Hachette BNF, 2013) permettent également d’acquérir des exemplaires neufs à des prix abordables.
Analyse critique du contenu : fiabilité historique et portée littéraire
Entre histoire et fiction : une source à manier avec précautionLes « Amours secrètes de Napoléon et des Princes et Princesses de sa famille » relèvent davantage de la *littérature d’anecdotes et du roman à clef* que de l’histoire au sens strict.
L’auteur, qu’il s’agisse de Charles Doris ou d’un autre, revendique l’accès à des « documents historiques » et à des confidences de première main, mais la plupart des épisodes rapportés sont invérifiables, invraisemblables ou manifestement romancés.
Les historiens modernes considèrent l’ouvrage comme une *source secondaire*, révélatrice des mentalités, des fantasmes et des attentes du public du XIXe siècle, mais peu fiable pour l’établissement des faits.
Les portraits psychologiques, les dialogues et les scènes intimes relèvent souvent de la pure invention, même si certains détails peuvent recouper des éléments connus par ailleurs.
Un témoignage sur la réception de Napoléon et de sa famille
L’intérêt principal du texte réside dans sa *valeur de témoignage sur la construction du mythe napoléonien* et sur la manière dont la société de la Monarchie de Juillet percevait l’Empereur et son entourage.
Le mélange de fascination, de critique, de satire et de voyeurisme qui traverse l’ouvrage en dit long sur la place de Napoléon dans l’imaginaire collectif et sur la persistance des récits de mœurs dans la culture populaire.
Un exemple de littérature de l’anecdote et du scandale
L’ouvrage s’inscrit dans une tradition littéraire qui privilégie l’anecdote, le scandale, la révélation et la satire. Il partage de nombreux traits avec les « mémoires apocryphes », les romans populaires et les pamphlets licencieux qui circulaient largement au XIXe siècle, en dépit de la censure et des condamnations judiciaires.
Comparaison avec d’autres titres similaires
Les « Amours secrètes de Napoléon Bonaparte » (1815-1822)Il existe plusieurs ouvrages portant des titres similaires, publiés entre 1815 et 1822, souvent attribués à Charles Doris ou à des pseudonymes proches (« le baron de B** », « M. de B... »). Ces textes, qui connaissent de nombreuses rééditions et adaptations, reprennent les mêmes thèmes, les mêmes procédés narratifs et parfois les mêmes anecdotes que les volumes de 1844-1846.
Les « Amours secrètes des quatre frères de Napoléon » (1816)
Un autre ouvrage, intitulé « Amours secrètes des quatre frères de Napoléon », publié en 1816 et attribué au même auteur, se concentre sur les aventures sentimentales de Joseph, Lucien, Louis et Jérôme Bonaparte. Il complète et prolonge les récits des « Amours secrètes de Napoléon », en élargissant le champ à l’ensemble de la famille impériale.
Les « Premières amours secrètes de Napoléon Bonaparte » (1849)
Enfin, les « Premières amours secrètes de Napoléon Bonaparte », publiées en 1849, reprennent le même filon, en insistant sur la jeunesse de l’Empereur et ses premières conquêtes sentimentales. Ces textes, souvent courts et anecdotiques, témoignent de la persistance du genre et de l’intérêt du public pour les récits de mœurs.Mentions dans les travaux historiques et études napoléoniennes modernes
Place dans la recherche contemporaineLes « Amours secrètes » sont régulièrement mentionnés dans les *études sur la littérature napoléonienne, la censure, le marché du livre et la construction du mythe impérial*.
Ils sont cités comme exemples de la prolifération des récits apocryphes, de la fascination pour la vie privée des grands hommes et de la difficulté à démêler le vrai du faux dans la masse des publications du XIXe siècle.
Analyses critiques récentes
Des historiens comme Frédéric Masson, Chantal Prévot ou Veronica Granata ont souligné l’importance de ces textes pour comprendre la réception de Napoléon, la diffusion des stéréotypes et la place de la littérature de mœurs dans la culture populaire.
Ils insistent sur la nécessité de *croiser les sources, de contextualiser les récits et de distinguer l’histoire de la légende*.
Accès aux textes numérisés et aux catalogues
Accès en ligneLes volumes sont *librement accessibles en ligne* sur Gallica (BnF), dans une version numérisée et en mode texte, ce qui facilite la consultation et l’analyse du contenu. Les catalogues de la BnF, de l’Université Libre de Bruxelles, de la Biblioteca do Museo de Pontevedra et d’autres institutions permettent de localiser les exemplaires et d’en suivre la diffusion.
Rééditions modernes
Des rééditions à la demande sont disponibles chez Hachette BNF et d’autres éditeurs, à des prix abordables, ce qui permet aux chercheurs et aux amateurs de se procurer facilement l’ouvrage.
Récapitulatif des différentes Éditions, attributions et traductions
** Les Amours secrètes de Napoléon et des Princes et Princesses de sa famille, publiées entre 1844 et 1846, sont attribuées à M. de B…, généralement identifié comme C. Doris. L’ouvrage, édité à Paris par B. Renault puis Cosson, se présente en deux volumes in‑12 et contient plusieurs gravures rares.** En 1815, C. Doris de Bourges publie Amours secrètes de Napoléon Bonaparte, imprimé par Germain Mathiot puis Perronneau. L’ouvrage, également en deux volumes, connaît plusieurs rééditions à Paris.
** L’année suivante, en 1816, paraît Amours secrètes des quatre frères de Napoléon, toujours signé C. Doris de Bourges et publié chez divers éditeurs. Ce volume constitue une suite consacrée exclusivement aux frères de l’Empereur.
** En 1849, un petit récit intitulé Premières amours secrètes de Napoléon Bonaparte est mis en vente à Paris. Il est publié sans nom d’auteur, mais certains l’attribuent à C. Doris. Le texte se concentre sur la jeunesse sentimentale de Napoléon.
** En 1837, une traduction espagnole, Historia de los amores secretos de Napoleón, paraît à l’Imprenta de Ortiz à Almería. Elle est également attribuée à C. Doris de Bourges.
** Enfin, en 1815, une traduction allemande intitulée Geheime Nachrichten über Napoleon Bonaparte est publiée par divers imprimeurs en Allemagne, toujours d’après les écrits de C. Doris de Bourges.
Conclusion
Les * Amours secrètes de Napoléon et des Princes et Princesses de sa famille * constituent un témoignage précieux, non tant pour la connaissance factuelle de la vie privée de Napoléon et de sa famille, que pour l’étude de la réception du mythe impérial, de la littérature de mœurs et de la culture populaire au XIXe siècle.Attribués à Charles Doris (de Bourges), ces volumes mêlent anecdotes, fiction, satire et chronique historique, dans une veine qui séduit le public mais suscite la méfiance des historiens.
Condamnés par la censure, traduits à l’étranger, réédités à de multiples reprises, ils témoignent de la fascination persistante pour la figure de Napoléon et pour les récits de scandale. Leur valeur bibliophilique, modérée mais réelle, tient à leur rareté relative, à leur histoire mouvementée et à leur place dans la tradition des « mémoires apocryphes ».
Aujourd’hui, grâce à la numérisation et aux rééditions modernes, ils sont accessibles à tous, offrant aux chercheurs et aux curieux un aperçu vivant de la manière dont le XIXe siècle a construit, déformé et perpétué la légende napoléonienne.
Pour aller plus loin
- *Études sur la censure et la littérature clandestine* : Veronica Granata, « Marché du livre, censure et littérature clandestine dans la France de l’époque napoléonienne : les années 1810-1814 », *Annales historiques de la Révolution française*, 343 | janvier-mars 2006.- *Panorama de la lecture sous l’Empire* : Chantal Prévot, « Que lisaient les Français à l’époque de Napoléon ? », *Napoléonica. La Revue*, 2019/3, p. 49-62.
- *Biographie critique* : Frédéric Masson, *Les amours secrètes de Napoléon*, Les Editions de l’Histoire, 2022.
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